25 Août 2015

Les dangers du Big Data

Actualité

L’abus du Big Data peut être votre pire cauchemar. Il concerne notamment la surveillance sans fin exercée par les gouvernements, le despotisme des compagnies d’assurance et la tyrannie des chefs d’entreprise. Que vous soyez pour ou contre, vous ne pouvez rien y changer : nous sommes déjà entrés dans l’ère de l’espionnage numérique.

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Défendre votre vie privée

Les compagnies d’assurance achètent vos relevés de cartes de crédit. Par exemple, elles veulent savoir si vous mangez dans des chaînes de fast-food ; elles veulent également connaître les magazines auxquels vous êtes abonné et les médicaments que vous achetés sur ordonnance.

Vos habitudes d’achats sont un délice pour les analystes. Ces derniers ont en effet besoin de données pour savoir si vous êtes un client fiable, avec une façon saine de dépenser. Les compagnies proposent généralement des tarifs d’assurance plus élevés aux clients douteux, ceux qui se mangent souvent des frites dans des fast-foods, ou refusent même de les assurer. Par conséquent, si vous souhaitez que vos habitudes de consommation restent privées, pensez à payer en liquide.

Les profiles sur les réseaux sociaux représentent une autre source d’informations personnelles de grande valeur. Les personnes publient volontairement leurs données. À cet égard, les fans de la page Facebook de Santé Nutrition sont de grands gagnants, tandis que ceux de la page du Buffalo Grill entrent dans une catégorie perdante. C’est pourquoi, configurer de bons paramètres de confidentialité sur Facebook est une très bonne idée.

 

Relation intime … avec une banque

Les banques n’hésitent pas à se joindre aux assureurs pour obtenir vos données personnelles. Voulez-vous un prêt ? L’analytique passe en revue vos habitudes de consommation, ce qui permet de voir si vous dépensez une fortune pendant vos vacances ou si vous achetez des marques très coûteuses. Les banques aimeraient même vous connaître mieux que votre propre mère.

Cette intimité imposée peut entraîner de vraies conséquences économiques : si les banques estiment que vous êtes trop dépensier, attendez-vous à payer des taux d’intérêts plus élevés. Il est possible que les personnes considérées comme « peu fiables » ne reçoivent jamais un certain prêt, ou qu’un service ne leur soit jamais proposé.

C’est dommage, car en refusant « par défaut » des prêts et des services à des personnes peu susceptibles de les recevoir, les banques creusent le fossé entre les riches et les pauvres.

Big Data pour le recrutement : rêve ou cauchemar ?

Votre employeur vous surveille également : un logiciel indiquera à votre employeur si vous allez démissionner avant même que vous le sachiez vous-même. Un autre programme peut aussi prévoir quels employés ont plus tendance à dépasser leurs budgets. De plus, l’analyse de données dévoile que les personnes qui ont deux profiles (ou plus) sur les réseaux sociaux, et qui utilisent un navigateur par défaut, changent de travail plus souvent (il y a aussi beaucoup d’autres observations similaires).

Même si tout cela semble plutôt effrayant, certaines entreprises utilisent déjà le Big Data pour engager du personnel ou pour accorder des promotions. Mais un software qui prévoit les décisions que vous prendrez ? N’est-ce pas le début du scénario de Minority Report ?

De tels logiciels sont présentés comme exempts de toute erreur humaine. Toutefois, ce sont des humains qui les programment. Des humains, qui peuvent avoir des préjugés et qui peuvent commettre des erreurs. Le cas est déjà arrivé d’un programme qui rejetait toutes les bonnes candidatures pour un poste en raison d’une mauvaise instruction. Le problème, c’est que nous manquons toujours d’expérience pratique et d’éthique pour l’utilisation de telles solutions, et aussi bien les employeurs que les employés doivent garder cela en tête.

Attention, on fait du marketing !

Les données exploitées en marketing peuvent aussi comporter des erreurs. Voici quelques ratés qui ont fait la une ces dernières années.

OfficeMx a commis une grosse gaffe quand il a envoyé des coupons de réduction à un client dans une enveloppe adressée à  » Mike Seay, fille décédée dans un accident de voiture « . Effectivement, un an plus tôt, la fille de 17 ans de ce client était décédée avec son ami dans un accident de la route. Nous ne savons toujours pas pourquoi l’entreprise avait conservé cette information personnelle et délicate dans le profil du client.

La crise de popularité de Target avait ouvert le débat sur le marketing et la vie privée, lorsque cette entreprise de la grande distribution avait révélé la grossesse d’une adolescente avant que la jeune fille n’en ait parlé à sa famille. Target avait malencontreusement vendu la mèche au futur grand-père en envoyant à sa fille des coupons de réduction pour des berceaux et des vêtements de nouveau-né.

Après ce cas, Target est devenu plus discret et a décidé de mélanger divers coupons pour dissimuler ses « yeux qui voient tout ».

 » Nous nous sommes aperçus que si une femme enceinte ne se sent pas espionnée, elle utilisera les coupons. Elle supposera simplement que tout le monde dans son quartier aura reçu le même prospectus pour des couches et des berceaux. Tant que nous ne l’effrayons pas, ça marche « , avait déclaré l’entreprise à Forbes.

Est-ce qu’un espionnage « discret » vaut mieux qu’un espionnage évident ? Vous serez moins stressé, mais en fait, il vous sera presque impossible de dissimuler quelque chose face à cette exploitation de données. Rappelez-vous du cas de Janet Vertesi, qui avait essayé de cacher sa grossesse sur Internet.

Elle et son compagnon utilisaient Tor pour regarder des produits pour bébé. Ils demandaient à leurs amis et à leurs familles de ne rien commenter sur Facebook ou sur d’autres réseaux sociaux. Ils payaient autant qu’ils le pouvaient en liquide. En fin de compte, Janet Vertesi en a conclu que si vous voulez protéger votre grossesse du Big Data,  » vous devez agir comme un dealer de drogue « . Très effrayant !

Sauvegarde les données des consommateurs… vous plaisantez ?

Tous ces collecteurs avides de données ne se sont pas si sécurisés. Quand des hackers font irruption dans leur système, vos données leur sont servies sur un plateau d’argent.

Parfois, les incidents sont d’une stupidité flagrante. On pourrait même rire du cas suivant s’il n’était pas si dramatique. En 2014, Money Shop, le fournisseur de services financiers, a perdu deux serveurs car il avait négligé ses propres règles de sécurité. Money Shop n’effaçait pas les dossiers de ses anciens clients, ne chiffrait pas correctement ses données et gardait ses serveurs dans des pièces non sécurisées. Tout le monde n’avait qu’à entrer et se servir ! Récemment, l’entreprise a dû payer une amende de 278 500 dollars pour sa négligence et les pertes financières subies par ses clients.

 

Malheureusement, personne n’est à l’abri, ni les banques, ni les hôpitaux, ni les grands ports. Les hackers ont déjà piraté des organismes géants comme Home Depot, Target, les banques JP Morgan et Barclays, et bien d’autres encore. Même Kaspersky Lab a connu une attaque sur son réseau, mais il s’en est sorti victorieux.